« Arrête de pleurer » : pourquoi ça fait plus de mal que de bien (et quoi faire à la place)
Dec 16, 2025
On nous l’a appris comme ça.
Un enfant pleure, on se dépêche d'essayer de l'arrêter.
« Arrête de pleurer. »
« C’est pas grave. »
« Calme-toi. »
« Ça va aller. »
Souvent, derrière ces mots-là, il y a une bonne intention :
on veut que ça cesse, vite. On veut aider. On veut éviter que ça dégénère. On veut passer à autre chose...parce que ça NOUS rend inconfortable en tant que parents.
Sauf que… bien des enfants n’entendent pas “je veux t’aider”.
Ils entendent plutôt :
-
« Mes émotions dérangent. »
-
« Je suis trop. »
-
« Je dois me retenir. »
-
« Je dois tout garder en dedans. »
Et à force, ça crée souvent deux chemins (qui peuvent même se mélanger) :
des enfants qui deviennent des adultes qui ont de la difficulté à s’exprimer… ou des adultes qui explosent, parce que tout s’est accumulé pendant des années.
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut faire autrement. Pas parfaitement. Mais autrement.
Et non : accueillir l’émotion ne veut pas dire tout permettre.
Ça veut dire : je te vois, je t’entends, je suis avec toi… et je garde le cadre.
Pourquoi on dit « arrête de pleurer » (et pourquoi ça ne marche pas)
Quand ton enfant pleure, ton système nerveux à toi réagit aussi.
Ça monte : stress, impatience, urgence, peur de “perdre le contrôle”, regard des autres, horaire du matin, garderie, école.
Bref, tu veux que ça arrête.
Mais l’émotion, ce n’est pas un bouton “off”.
Un enfant (surtout petit) ne pleure pas pour te manipuler la majorité du temps. Il pleure parce que son corps vit quelque chose de trop grand pour lui : déception, frustration, fatigue, peur, surcharge.
Quand on lui dit “arrête”, il n’apprend pas à se calmer.
Il apprend surtout à se retenir.
Et ça, ça peut donner :
-
un enfant qui devient “sage” parce qu’il s’éteint,
-
ou un enfant qui “pète une coche” plus souvent, parce que l’émotion n’a jamais été digérée.
Accueillir l’émotion : ce que c’est (et ce que ce n’est pas)
Accueillir, ce n’est pas :
-
dire oui à tout,
-
abandonner la routine,
-
marcher sur des oeufs,
-
laisser ton enfant frapper/insulter/lancer des objets.
Accueillir, c’est :
-
reconnaître ce que ton enfant vit,
-
lui montrer qu’il n’est pas seul avec ça,
-
lui montrer que tu gardes ton calme (co-régulation),
-
puis, quand ça redescend, guider vers la prochaine étape.
La distinction la plus importante : émotion vs comportement.
-
L’émotion : toujours acceptable (tristesse, colère, peur).
-
Le comportement : on encadre (frapper, lancer, crier dans la face, mordre, etc.).
Tu peux dire :
« T’as le droit d’être fâché. »
ET
« Je ne te laisserai pas frapper. »
Les deux peuvent exister en même temps.
Pourquoi être entendu calme vraiment (même si ça semble “trop simple”)
Un enfant apprend la régulation émotionnelle en la vivant avec un adulte, pas en se faisant dire “calme-toi” tout seul dans sa tempête.
On vise éventuellement l’auto-régulation, oui.
Mais au départ, c’est surtout de la co-régulation.
Quand ton enfant se sent vu, son corps reçoit un message de sécurité :
« Je ne suis pas en danger. Je suis accompagné. Je peux redescendre. »
C’est pour ça que, souvent, la crise diminue plus vite quand tu fais juste :
-
te rapprocher,
-
baisser ton ton,
-
nommer ce que tu vois,
-
rester présente.
Même chez nous, adultes :
Quand tu es fâchée et que quelqu’un te dit « calme-toi », ça aide-tu?
Bien souvent… non. Ça ajoute de l’huile sur le feu.
Parce qu’on ne se sent pas compris.
Quoi dire à la place : des scripts simples (à utiliser dès aujourd’hui)
L’objectif n’est pas d’avoir “les bons mots parfaits”.
C’est d’envoyer ces 3 messages :
-
Je te vois.
-
Je comprends (même si je ne suis pas d’accord).
-
Je suis là.
Si ton enfant pleure (tristesse / déception)
-
« Je vois que tu es triste. »
-
« Tu voulais vraiment ça… et là, c’est non. C’est difficile. »
-
« Je suis avec toi. Respire avec moi. »
-
« Quand tu seras prêt, on va en reparler. »
Si ton enfant est en colère (frustration / injustice)
-
« Ouf. Ça t’a fâché, hein. »
-
« T’aurais voulu que ça se passe autrement. »
-
« Je t’écoute. Tu peux me le dire avec tes mots. »
-
« Je suis là. On va traverser ça ensemble. »
Si ton enfant a peur (séparation / nouveauté)
-
« Tu as peur. Je te comprends. »
-
« Je reste près de toi. »
-
« On y va un petit pas à la fois. »
-
« Ton corps te dit ‘danger’, mais on est en sécurité. »
Un détail important : la phrase “je comprends” ne veut pas dire “je suis d’accord”.
Ça veut dire : je comprends que c’est dur pour toi.
La méthode en 4 étapes : accueillir + guider (sans s’épuiser)
1) Je me régule (même 10 secondes)
Avant de “gérer” l’émotion de ton enfant, tu te donnes un mini espace :
-
une respiration plus longue,
-
épaules qui descendent,
-
ton de voix plus bas.
Tu peux même te dire :
« Il/elle vit quelque chose. Ce n’est pas contre moi. »
(Parenthèse parentalité consciente : quand ça te déclenche fort, c’est souvent un signal qu’il y a quelque chose qui se joue en toi aussi...j'en reparle dans un autre article)
2) Je nomme et je valide
-
« Je vois que tu es triste/fâché/»
-
« C’est difficile. »
-
« Je suis là. »
Pas besoin de long discours.
Plus c’est simple, plus c’est efficace.
3) Je sécurise et je reste présente
Selon l’enfant, ça peut être :
-
rester à côté,
-
offrir un câlin (sans forcer),
-
une main sur le dos,
-
juste être là, sans parler.
Tu peux dire :
« Je reste près de toi. Quand ça va redescendre, on va trouver quoi faire. »
4) Quand ça redescend : je guide
C’est après la vague que l’apprentissage se fait.
-
« Veux-tu me dire ce qui t’a fait le plus mal? »
-
« La prochaine fois, tu peux dire “je suis fâché” au lieu de frapper. »
-
« On peut trouver une solution ensemble. »
Mettre une limite tout en accueillant l’émotion (sans tout laisser passer)
Voici des exemples concrets.
S’il frappe / mord / lance
-
« Je ne te laisserai pas frapper. Je te tiens les mains. »
-
« Tu as le droit d’être fâché. Pas de faire mal. »
-
« Si tu as besoin de sortir la colère, tu peux taper dans un coussin / pousser le mur / froisser du papier. »
S’il hurle / insulte
-
« Je t’entends. Je vais t’écouter quand ta voix sera plus basse. »
-
« Tu peux être fâché, mais je ne te laisse pas me parler comme ça. »
S’il refuse la routine (matin, dodo, départ)
-
« Tu n’aimes pas ça. Je comprends. Et c’est quand même le temps. »
-
« Je vais t’aider. Tu choisis : chandail bleu ou vert? »
-
« On fait équipe. Un petit pas. »
La clé : ferme sur la limite, douce sur la relation.
Pas besoin de menaces. Pas besoin d’expliquer 12 fois.
Tu répètes simple.
Contexte québécois : garderie, école, pression du matin
Au Québec, beaucoup de familles vivent le rush : bottes, habits de neige, autobus, retard, garderie qui ferme à une heure fixe.
Et quand l’éducatrice dit : « Il/elle pleure beaucoup », ça peut venir te chercher solide.
Tu peux répondre quelque chose comme :
-
« Merci de me le dire. On travaille l’accueil des émotions à la maison. Quand il/elle pleure, ça aide beaucoup de nommer : “tu es triste, je suis là”, puis de garder la routine. »
-
« Est-ce que vous voyez un moment déclencheur (transition, séparation, fatigue)? On pourrait s’ajuster ensemble. »
Et pour ton enfant, un mini script au départ :
-
« Tu as le droit d’être triste de me quitter. Je reviens après la garderie. Je te laisse dans des bras qui prennent soin de toi. »
Et si j’ai déjà dit « arrête de pleurer » mille fois ?
Bienvenue dans le club des parents humains.
La réparation, c’est puissant. Et ça ne demande pas un grand speech.
Tu peux dire :
-
« Tantôt, je t’ai dit d’arrêter de pleurer. Je pense que je voulais juste que ça arrête parce que j’étais stressée. Mais je vois que tu étais triste. Je suis là. »
-
« Tu as le droit de pleurer. La prochaine fois, je vais essayer de mieux t’écouter. »
Ça enseigne deux choses immenses :
-
les émotions ont le droit d’exister,
-
on peut se tromper et se reconnecter.
Quand consulter : coach vs thérapeute (important)
Comme coach parental, je peux t’aider à mettre en place des stratégies concrètes, à mieux comprendre les déclencheurs, et à transformer tes réactions au quotidien.
Disclaimer (important) : si tu observes une détresse intense et persistante (anxiété sévère, comportements d’automutilation, idées suicidaires, trauma, violence, abus, ou une souffrance qui déborde clairement le quotidien), c’est essentiel de consulter un professionnel de la santé (médecin, psychologue, CLSC/ressources locales) pour un accompagnement clinique adapté.
Liens internes
-
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Si tu veux qu’on transforme ça en plan clair pour ta famille (tes mots, tes limites, tes déclencheurs, tes routines), je peux t’aider.
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Chaque parent mérite de vivre plus de calme, de connexion et de confiance.
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